
Un film de Dan Trachtenberg
Il y a une petite dizaine d’années, Dan Trachtenberg se faisait connaître en réalisant le très réussi 10 Cloverfield Lane, second opus de la saga Cloverfield. Avec ce thriller de science-fiction post-apocalyptique, le réalisateur se faisait vite connaître en tant que cinéaste à même de s’intégrer à un univers pré existant.

Tout en suspense, ce premier film avait été acclamé par le public à sa sortie. Quelques années plus tard Dan Trachtenberg décidait de s’associer à une autre saga, autrement plus célèbre. Celle initiée en 1987 avec le génial Predator de John McTiernan. En 2022 Dan Trachtenberg mettait en scène Prey, qui racontait la première venue d’un Predator sur Terre au début du XVIII ème siècle. L’histoire prenait le temps de développer ses personnages, au cœur des scènes d’action de rigueur. Le film devait à l’origine avoir une suite, mais finalement les producteurs ont préféré imaginé un tout autre film, celui-ci, auquel Dan Trachtenberg a été associé dès le début.
Predator : Badlands s’ouvre sur une planète lointaine. Un jeune Predator, Dek, se bat contre son frère aîné, car il doit encore faire ses preuves pour intégrer son clan. Leur père le juge trop faible. Finalement envoyé sur la planète Genna, Dek va devoir faire face à des créatures toutes plus extravagantes, mortelles et immenses les unes que les autres. Pour prouver sa valeur, Dek a choisi d’affronter le monstre le plus effrayant de l’univers, le Kalisk, réputé impossible à abattre. Il doit ramener sa dépouille chez lui pour pouvoir faire partie du clan familial.

Predator : Badlands montre une évolution du mythe de la créature. Toujours aussi implacable, le Predator est évidemment placé dans des situations extrêmes. Mais il est ici accompagné de compagnons de route improbables, Thia, une humanoïde bloquée sur place et Bud, une petite créature aussi attendrissante que dangereuse. Cette association, pour incongrue qu’elle soit au départ, nature du Predator oblige, fonctionne plutôt bien et donne au film une dimension nouvelle. Le fait que Thia soit un être synthétique à intelligence artificielle permet au réalisateur d’imaginer des échanges décalés avec le Predator, les raisonnements innés de ce dernier, basés sur la survie en milieu hostile se heurtant parfois à la froide logique de l’humanoïde. Jusqu’ici les spectateurs n’avaient pas été habitués à assister à de telles scènes, encore moins à imaginer une alliance aussi imprévisible.
L’humour distillé ici ou là ne dénature pas le contexte général du film. Il s’agit bien d’un film de science-fiction basé sur l’action et les effets spéciaux, mais Predator : Badlands inaugure ici une nouvelle approche. Dans le rôle de Thia, Elle Fanning (27 ans et déjà 40 longs-métrages, parmi lesquels Déjà vu de Tony Scott, Somewhere, Les Proies, de Sofia Coppola, Super 8 de J.J. Abrams, The Neon Demon de Nicolas Winding Refn, Un jour de pluie à New York de Woody Allen) compose un être complexe, un androïde doté d’une conscience, ce qui permet au long-métrage d’emprunter un terrain plus vaste.

L’amateur de genre pourra s’amuser de voir qu’une autre franchise apparaît dans le film, sous la forme de la toute puissante Weyland-Yutani Corporation. Associée à l’univers des films Alien, la Weyland-Yutani Corporation était la multinationale idéale à même de faire le lien avec la saga Alien, dans la mesure où elle a toujours été dépeinte comme une entreprise uniquement motivée par le profit et ne reculant devant aucun sacrifice pour y parvenir. La Compagnie s’invite ici dans l’histoire car elle a découvert que la planète Genna regorge de créatures pouvant servir à la recherche, voire être utilisées à des fins militaires.

Huitième film de la franchise (si l’on inclut les films hybrides Alien vs Predator et sa suite Alien vs Predator : Requiem), Predator : Badlands propose une relecture intéressante d’une des plus célèbres créatures du bestiaire du Fantastique. Bien qu’affublé de compagnons de route inhabituels, Le Predator ne voit pas sa nature dénaturée ni profondément changée. Le personnage conserve ses caractéristiques principales. Il est belliqueux et brutal. La dernière scène nous laisse imaginer qu’une suite est possible…
Jérôme Magne