La Abuela

La Abuela

Un film de Paco Plaza

On avait découvert Paco Plaza au début de l’année 2008 au Festival International du Film Fantastique de Gérardmer. Il y présentait REC, coréalisé avec Jaume Balaguero, dans le cadre de la compétition. Le film avait récolté trois récompenses dans la Perle des Vosges, le Prix du Jury, le Prix du Public, et enfin le Prix du Jury Jeunes. Paco Plaza allait continuer l’aventure en réalisant deux suites, pour ensuite laisser Jaume Balaguero réaliser seul le quatrième et dernier opus.

Avec La Abuela le metteur en scène avait fait le déplacement pour présenter le film aux festivaliers en ce début d’année 2022. Sur la scène de l’Espace Lac, il est alors revenu sur les souvenirs de sa première fois à Gérardmer avant d’introduire brièvement l’histoire. Présenté dans la compétition du 29ème Festival International de Gérardmer, La Abuela n’en est pas reparti les mains vides. Il a dû se partager le Prix du Public avec le film irlandais Samhain mis en scène par Kate Dolan, sur une soirée d’Halloween bien barrée.

Les premières images de La Abuela nous donnent des indices sur sa fin. Nous faisons la connaissance de Pilar, la grand-mère du titre, qui vit dans un grand appartement au coeur de Madrid. Très élégante, elle boit son café dans un bar avant de rentrer chez elle. Au milieu de son salon un corps inanimé étendu sur le sol… Un peu plus tard on apprend qu’un grave AVC va la laisser fortement diminuée. Prévenue, sa petite fille Susana devra interrompre sa carrière de mannequin (elle était sur le point de percer dans le milieu de la mode à Paris) pour venir s’occuper d’elle sur place. Dans le grand appartement de vieux souvenirs vont ressurgir, et l’aïeule s’avérer moins inoffensive que son état le laisse supposer.

L’état de Pilar nécessitant la présence d’un aidant 24H/24, Susana va dans un premier temps s’installer sur place. Elle sera aux petits soins pour sa grand-mère et ne la quittera pas d’une semelle. Le metteur en scène a commencé son histoire avec une scène forte laissée sans réponse, il poursuivra par petites touches minutieuses. Il choisit de prendre son temps, décrit en profondeur le personnage de Susana (interprété par Almudena Amor avec une justesse impressionnante pour un premier film) et la met face à une boogeywoman originale (dans le rôle de Pilar, l’ancienne mannequin brésilienne de Chanel Vera Valdez accapare l’écran).

Le Fantastique s’immisce vite dans le film, mais de manière insidieuse. De petits détails, une musique particulière ici, certains gestes de la grand-mère là. Paco Plaza fait monter progressivement la tension en utilisant les trois éléments principaux dont il dispose : Susana, dont l’esprit va progressivement vaciller à la lecture d’un vieux journal lui ayant appartenu, Pilar, dont les apparitions/disparitions et le mutisme renforcent le côté inquiétant, et enfin l’appartement, qui est lui-même un personnage à part, chaque pièce étant susceptible d’abriter le Mal. Aucune pièce n’est réellement propice au repos, l’appartement apparaissant alors comme l’antre d’une entité maléfique.

Avec La Abuela le réalisateur a souhaité raconter une histoire sur les liens de la famille, très forts dans la société espagnole, et les confronter à l’élément surnaturel. L’association des deux est plutôt naturelle. Il y a dans La Abuela des choses prévisibles, mais la manière de les amener permet de l’oublier. La conclusion du film, à la fois sensible et glaçante, fait partie des thèmes chers aux amateurs de genre. Un petit côté Le Témoin du mal (Gregory Hoblit, 1998) pas déplaisant. Le Jury ne s’y est pas trompé, en lui remettant son Prix lors de la cérémonie de clôture sur la grande scène de la salle de l’Espace Lac.

Jérôme Magne

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29ème Festival International du Film Fantastique de Gérardmer

La Perle des Vosges rouvre ses salles aux amateurs de sensations fortes.

 

 

 

L’année dernière, le festival s’était trouvé confronté à un adversaire de taille, le COVID. La pandémie s’était installée durablement dans nos vies, et avait failli priver les amateurs de films de genre de leur frisson annuel. C’était sans compter sur la volonté des organisateurs, qui avaient réussi à maintenir la manifestation en la proposant en format dématérialisé. Un festival intégralement en ligne, histoire de montrer que Gérardmer n’avait pas dit son dernier mot et qu’il en faudrait plus pour annuler l’événement. En agissant de la sorte les organisateurs démontraient leur courage et leur envie, permettant par la même occasion de faire découvrir le festival à un nouveau public qui n’avait jamais fait le déplacement au coeur des Vosges. Une année donc à part, en rien comparable aux précédentes.

En cette fin de mois de janvier 2022 le festival a réinvesti les salles, un soulagement pour les habitués. Car le spectre de la pandémie n’était jamais loin, et jusqu’au bout l’incertitude quant au maintien de l’événement a plané dans l’esprit du public. Le festival a pu avoir lieu, et les spectateurs étaient au rendez-vous. La fréquentation était bonne, identique à 2020, ce qui était surprenant vu les contraintes de pass vaccinal + gestes barrières imposés aux spectateurs (masque obligatoire dans les salles de projection, restaurants, bars, lieux fermés….). Mais les amateurs étaient bel et bien présents, avec toujours le même enthousiasme et cette capacité inimitable à chauffer les salles.salles. Avec 10 films en compétition le festival avait vu grand, et les membres des jurys avaient tous répondu à l’appel. Julie Gayet était la présidente du Jury Compétition longs-métrages. Elle était assistée de Grégory Montel, Alexandre Aja (un habitué du festival), Suliane Brahim, Valérie Donzelli, Mélanie Doutey, Bertrand Mandico et Pascal-Alex Vincent. Pour la compétition courts-métrages, c’étaient les jumeaux Ludovic et Zoran Boukherma (ils nous avaient donné l’excellent Teddy l’année dernière à Gérardmer) qui se chargeaient de la présidence. Ils étaient assistés de Shirine Boutella, Saïda Jawad et Antonin Peretjatko.

JOUR 1.

On a commencé notre journée avec She Will, un film du Royaume-Uni mis en scène par Charlotte Colbert et sélectionné dans le cadre de la compétition officielle. Lors de sa première projection à l’Espace Lac, la comédienne principale, Alice Krige, est montée sur la scène pour présenter le film. Le long-métrage invite le spectateur à partager le voyage d’une ancienne star vieillissante au cœur d’une nature à la fois apaisante et insidieusement menaçante. Accompagnée d’une assistante dévouée, Veronica Ghent va faire face à un ancien traumatisme qui ne l’a jamais quittée. Les lieux ont été le théâtre de sorcellerie et de la répression de celle-ci, et la venue de Veronica va lui permettre de remettre les compteurs à zéro avec une vieille connaissance. Très habile dans le sous-entendu, She Will nous permet de croiser cette vieille trogne de Malcolm McDowell et de partager la psyché ô combien perturbée de son personnage principal.

Le second film de cette première journée était une production franco-sénégalaise présentée hors compétition, Saloum. Là encore, une partie de l’équipe du film était venue présenter le film sur la scène du Lac, le réalisateur Jean-Luc Herbulot n’ayant pu faire le déplacement dans la Perle des Vosges. Le producteur Alexis Perrin et le comédien principal Yann Gaël avaient expliqué la genèse du film à un public toujours accueillant. Le long-métrage s’articulait autour de la cavale d’une équipe de mercenaires à travers la Guinée Bissau, la Gambie et le Sénégal. Présentée au départ comme sanguinaire, l’équipe serait progressivement humanisée, notamment par sa confrontation à des événements surnaturels. Issus du folklore africain, ceux-ci envahiraient peu à peu le film et se mettraient en travers de la route de personnages devenus attachants. En un peu plus d’une heure vingt, Saloum propose un étonnant mélange des genres qui fonctionne bien. Un film fantastique en langue française que l’on aimerait bien voir distribué dans les mois qui viennent.

Troisième projection de la journée, le film taïwanais The Sadness, présenté en compétition du festival. Alors là même les plus fatigués des spectateurs ne risquaient pas de s’assoupir, tant le long-métrage proposait un cocktail survitaminé à base de gore (beaucoup) et de sexe (un peu). Dans cette sombre histoire de virus qui se propage dans les rues de Taïwan, nous suivons la course effrénée de Jim et Kat, deux jeunes amoureux que les événements ont séparés et qui cherchent à se retrouver au milieu du chaos ambiant. Le metteur en scène Rob Jabbaz n’y va pas par quatre chemin et n’a pas peur de l’outrance. Cela tombe bien, les amateurs viennent aussi pour cela, à Gérardmer ! Avec The Sadness Rob Jabbaz atteint plusieurs objectifs : il parvient à choquer (la projection à l’Espace Lac a d’ailleurs été légèrement perturbée par l’évacuation d’une spectatrice faisant un malaise suite à l’accumulation se scènes-choc), ce qui est un des impératifs du sous-genre des « films d’infectés » tout en débordant sur des terrains plus sensibles, sans paraître ridicule. Il y a ainsi une forme de poésie dans la tragédie que nous fait partager le film, même si celui-ci est devenu plus célèbre pour son horreur décomplexée.

La quatrième projection était l’occasion de retrouver Paco Plaza, 14 années après son passage fracassant à Gérardmer avec le premier REC (récompensé par 3 Prix à l’époque, celui du Jury, du Jury Jeunes, et du Public), coréalisé avec Jaume Balaguero. Le réalisateur était dans la salle, il est monté sur la scène du Lac afin de présenter La abuela, présenté en compétition. Son film nous a embarqué dans un cauchemar éveillé aux côtés de son personnage principal, Susana, mannequin sur le point de percer dans le milieu parisien de la mode. Appelée au chevet de sa grand-mère (la abuela en question) qui a fait un avc, Susana doit rentrer à Madrid pour s’occuper d’elle le temps de trouver une solution pour la prendre en charge. Et dans le grand appartement madrilène, des souvenirs vont resurgir (Susana a été élevée par sa grand-mère), et l’aïeule va sembler de moins en moins inoffensive. Après une montée en puissance progressive, le film atteint un crescendo qui -bien qu’un peu prévisible pour les habitués- fonctionne tout à fait. À la fois grâce à la mise en scène et à l’interprétation de ses deux interprètes principales. Le film se clôt sur une conclusion glaçante, comme on les aime à Gérardmer. Le film fut récompensé par le Prix du Jury (ex-aequo avec SHAMAIN de Kate Dolan).

Le cinquième (limite au nombre de réservations quotidiennes en ligne possibles lors du festival) et dernier film de cette première journée était un véritable OVNI. Il s’agissait de Mona Lisa and the Bood Moon réalisé par la réalisatrice américaine d’origine iranienne Ana Lily Amirpour (qui nous avait donné il y a déjà 8 ans l’étonnant A Girl Walks Home Alone at Night, film de vampire en noir et blanc dans un enfer iranien). Le spectateur y suivait les errances d’une jeune fille au coeur de la Nouvelle-Orléans. Échappée lors d’une nuit de pleine lune d’un hôpital psychiatrique où elle était enfermée depuis plus de dix ans, Mona Lisa Lee est une jeune fille dotée de pouvoirs paranormaux. Elle va découvrir un monde qu’elle ne connaît pas et croiser des personnes plus ou moins bien intentionnées. Emmenée par une bande-son phénoménale (le film a été récompensé par le Prix de la Meilleure Musique), la cavale de Mona invite le spectateur à une vision finalement optimiste du monde. Ana Lily Amirpour a fait un portrait de l’innocence, confrontée à l’inconnu, mais sous l’angle de la bienveillance. Avec ses personnages bien écrits (et un contre-emploi de Kate Hudson, ici à des années-lumière de ses rôles habituels) et ses éléments de comédie habilement mêlés au fantastique, Mona Lisa and the Blood Moon est une pellicule inclassable au style si particulier. Le film aurait bien mérité un prix supplémentaire…

JOUR 2.

La première projection de cette seconde journée commençait avec un film d’animation japonais de Takahide Hori intitulé Junk Head. Il y était question de la survie de l’espèce humaine dans un futur lointain. Les hommes sont devenus éternels, mais ne peuvent plus se reproduire. Un humanoïde est envoyé au plus profond de la Terre, afin de comprendre ce que sont devenus les madrigans, ces créatures créées par l’homme il y a bien longtemps afin de les servir. Dans ce voyage mouvementé, on croise de tout. Les personnages animés en stop-motion sont étonnants (la créature d’Alien fait plusieurs apparitions remarquées, dans les obscures galeries que parcourt le « héros »), et s’expriment via un mélange de borborygmes incompréhensibles, onomatopées et sons étouffés. Une ballade plutôt originale, mais peut-être un peu trop longue pour son propre bien. Le film questionne sur la vie, la mort avec des personnages qui deviennent attachants.

La seconde projection du jour allait prolonger l’impression ressentie avec le précédent. Il s’agissait du film After Blue (Paradis sale), le délire (sans connotation négative) proposé par Bertrand Mandico. Dans ce film de science-fiction présenté hors compétition, Bertrand Mandico nous invitait à rejoindre Roxy, fille de Zora, sur la planète After Blue. Sur cette planète uniquement peuplée de femmes, Zora, jeune fille un peu fantasque, aurait commis l’irréparable, libérer une meurtrière, Kate Bush (!!!) ensevelie jusqu’au cou dans le sable au bord d’une plage. Jugée par ses pairs, elle devra partir à sa poursuite pour l’éliminer. Le long-métrage de Bertrand Mandico se dévoile très vite. Les premières images, les premières notes de musique nous indiquent que le film sera différent du cinéma mainstream. Si l’histoire est abracadabrante, elle nous offre des tableaux visuels inédits, certains somptueux, et les dialogues surréalistes, parfois trop appuyés et répétitifs ont pour effet de renforcer le décalage que propose le film. Tout à fait à sa place à Gérardmer, After Blue a suscité certaines réactions (quelques spectateurs sont sortis de la salle au cours des 15 premières minutes), mais a laissé une impression étrange à l’issue de sa projection. Au point de se demander si on avait réellement assisté à certaines scènes, ou plutôt rêvé…

Troisième film du jour, le Hongrois Post Mortem, en compétition, dans lequel un jeune rescapé de la Grande Guerre, Tomas, revient à la vie civile comme photographe des défunts. Il met en scène ceux-ci dans des décors propres à leur entourage, les clichés prenant place ensuite dans les albums de famille. Revenu d’entre les morts, Tomas croit au paranormal, et éprouve une réelle empathie envers les morts. Ce qui l’aidera beaucoup dans ce qui suivra. Son travail n’est pas aussi macabre qu’on pourrait le croire, il offre aux familles éprouvées par le deuil une forme de réconfort, avec un tout dernier souvenir. Dans le village où il a été invité les fantômes des défunts se manifestent. Ils commencent par semer le trouble, puis la mort. Tomas finira par comprendre ce qu’ils veulent, et découvrira par la même occasion sa véritable raison d’être, celle qui est devenue la sienne suite à sa «résurrection dans les tranchées». Avec son histoire originale et ses moyens limités (mais largement suffisants), le réalisateur hongrois Péter Bergendy a réussi un subtil mélange entre surnaturel et poésie (voir les scènes où Tomas est aux côtés des familles ayant retrouvé la paix) Post Mortem relâche le spectateur sur une impression étrange, entre légèreté et exaltation.

Quatrième film, Censor de la galloise Prano Bailey-Bond, présenté hors compétition. L’histoire nous fait partager le quotidien d’Enid Baines, fonctionnaire travaillant pour le bureau de la classification des films en Angleterre. Son rôle a la commission de censure est de s’assurer que les films proposés au public ne sont pas de nature à le traumatiser ou le pousser à la violence. Nous sommes en 1985, l’administration Thatcher bat son plein, et le marché de la cassette vidéo est en plein essor, avec la controverse des célèbres « video nasties ». Ces films mettaiennt en scène une ultra-violence et un gore assumé et constituaient une défiance criante pour l’establishment d’alors. N’ayant jamais vraiment accepté la disparition de sa sœur il y a longtemps, Enid sera persuadée de la voir au détour de scène d’un récent film d’horreur. Elle va alors chercher à se rapprocher de son metteur en scène, afin de retrouver la trace de sa sœur disparue. Son esprit torturé aura de plus en plus de mal de discerner le vrai du faux, et elle s’engagera sur une ballade de plus en plus sanglante. Avec son petit côté « Peter Strickland », pour le travail sur les sens et la perception, Censor devient de plus en plus oppressant au fil des scènes, pour se conclure par un final tout en fureur.

Cinquième et dernier film de ce jour 2, Ogre d’Arnaud Malherbe. Présenté en compétition, le film fut projeté à la séance de 20H00 à l’Espace Lac, et fut précédé par la cérémonie-hommage au cinéaste britannique Edgar Wright qui était présent. Celui-ci fut présenté par Alexandre Aja, avant de prendre la parole devant un public conquis. Edgar Wright laissa ensuite la place au réalisateur Arnaud Malherbe, venu parler de son film, tout en excusant l’absence de la comédienne principale, Ana Girardot, absente pour cause de COVID. Ogre raconte le nouveau départ que prend une mère et son fils, Chloé et Jules, partis loin d’un époux/père abusif et violent pour s’installer dans un petit village du Morvan. Chloé est accueillie très chaleureusement, elle sera la nouvelle institutrice d’une école rouverte pour l’occasion. Dans le village le sujet sur toutes les lèvres est celui de la bête sauvage qui rôde, et s’attaque au bétail des agriculteurs. Et peu de temps auparavant, un jeune garçon de 8 ans a disparu. Pour Jules, qui souffre de surdité, pas de doutes, un ogre erre dans la forêt voisine, c’est lui qui s’en prend aux bêtes et qui a enlevé le disparu. Arnaud Malherbe prend son temps, on ne peut deviner où il veut en venir. Il développe ses personnages, promène le spectateur entre l’imagination débordante du personnage de Jules (excellent Giovanni Pucci) et les apparitions du monstre. Pour brouiller un peu plus les pistes, il introduit le personnage du médecin du village, interprété avec une (trop ?) grande ambiguïté par le comédien Samuel Jouy. La surdité de Jules est l’occasion de pure frayeur, le gamin enlevant ses prothèses auditives aux moments-clefs. Le film se laisse regarder avec un certain plaisir, mais la fin laisse un goût d’inachevé, à force de laisser planer le doute.

JOUR 3.

Premier film de ce dernier jour, The Innocents du Norvégien Eskil Vogt. Le spectateur y suit un groupe de jeunes enfants habitants dans une banlieue nordique. Les nouveaux venus vont se mêler aux résidents, et découvrir qu’ils partagent certains pouvoirs paranormaux. Dès les premières scènes on ressent le trouble lié à la cruauté si particulière dont seuls les enfants sont capables. Eskil Vogt capte le malaise, lié à l’absence de remords qui vient en contradiction complète avec l’innocence supposée des petites têtes blondes. Tous ne sont bien sûr par malfaisants, mais comme bien souvent dans ce genre de production, c’est le « méchant » qui marque le plus les esprits. The Innocents ne s’embarrasse pas de spectaculaire inutile, il est tout en finesse. La menace est diffuse, elle s’accompagne de rares fulgurances de violence. Le cinéma d’Eskil Vogt s’appuie avant tout sur l’émotion et la suggestion, aidé par une distribution irréprochable. Mention spéciale à la comédienne norvégienne Alva Brynsmo Ramstad qui crève l’écran dans le rôle d’Anna, la grande sœur handicapée de l’héroïne, et à Rakel Lenora Flottum qui incarne le rôle principal, Ida. Celle-ci alterne le côté inexpressif et la spontanéité naturelle des enfants avec une facilité déconcertante. Le film fut doublement récompensé à Gérardmer, avec le Prix de la Critique et celui du Public.

Second film de ce dimanche 30 janvier 2022, le délirant Crabs. Projeté lors de la Nuit Décalée, il s’agissait là de fournir un délire digne des pires soirées vidéo de notre adolescence. Et force est de reconnaître que le film remplit parfaitement sa mission. Dans cette histoire de crabes modifiés suite à des radiations nucléaires, rien n’est mis de côté. Les comédiens en font des tonnes, les crabes improbables le disputent à la monstrueuse créature finale, la musique tonitruante côtoie des dialogues stupides à souhait sans le moindre complexe. Peirce M Berolzheimer assume le côté délire sans queue ni tête de Crabs, et finalement son film s’avère une petite bouffée d’oxygène au coeur de projections plus anxiogènes qui font le quotidien du festival.

Troisième film du jour, Eight for Silver du britannique Sean Ellis, qui nous avait déjà présenté The Broken lors de l’édition 2008 du festival. Nous y suivons John McBride, pathologiste appelé à la rescousse au coeur d’un village de la France rurale à la fin du 19ème siècle. Des événements surnaturels mettent le village à feu et à sang, une créature semble en être la cause. L’origine viendrait du massacre de bohémiens par les notables du village, afin de mettre la main sur leurs terres. Les légendes tziganes auraient ressuscité un monstre carnassier proche du loup-garou. Tant mieux, à Gérardmer on adore les loups-garous ! La photographie est réussie, en particulier par temps obscur, dans les brumes qui envahissent la forêt et les marécages au petit matin. L’histoire se construit progressivement, fait le lien avec d’autres phénomènes de l’époque (la célèbre créature du Gévaudan!), voyage dans le temps (les premières scènes nous montrent la bataille de la Somme, en 1917, puis font marche arrière, pour se conclure là où le film a commencé). Un récit que les amateurs ont apprécié, entre bestiaire imaginaire, poésie et malédiction.

Voilà, c’en est fini de ce tour d’horizon de la 29ᵉ édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer. En renouant avec son public, la manifestation a prouvé qu’elle n’a rien perdu de son pouvoir d’attraction. Avec 40 000 spectateurs, le festival a retrouvé les chiffres de l’année 2020, et confirme sa place au coeur du genre. Les spectateurs ont progressivement quitté la Perle des Vosges, et pensent déjà à la prochaine édition. La 30ᵉ, qui devrait nous réserver bien des surprises…

Jérôme MAGNE

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SCREAM

 

 

Scream
Un film de Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett

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Voilà près de 25 ans que le regretté Wes Craven (disparu en 2015) nous offrait Scream, premier film d’une saga qui allait engendrer de nombreuses suites et même une série pour le petit écran.

Véritable phénomène à sa sortie, le film allait remettre le sous-genre du slasher au goût du jour. Mais le long-métrage se distinguerait en proposant un étonnant mélange des genres, associant la comédie, le whodunit et le slasher. Le public serait au rendez-vous, même si certains puristes se permettraient de critiquer cette atteinte au slasher initial. Très vite (l’année suivante, en 1997) une suite serait projetée, suivie trois années après d’un troisième opus. Avec toujours le même accueil enthousiaste. Bien des années plus tard (en 2011), un quatrième épisode verrait le jour, mais ne rencontrerait pas le même succès. Le temps se serait écoulé, et le public seait passé à autre chose. Nous voilà aujourd’hui dix années plus tard, à nous demander quel accueil réserver à ce cinquième long-métrage, qui se veut plus dans le prolongement de l’œuvre originale qu’une énième séquelle ?
La scène d’ouverture ramène le spectateur loin dans le passé. Une jeune fille seule dans sa cuisine, et soudain la sonnerie stridente d’un téléphone. Nous sommes à Woodsboro, vingt-cinq années après les événements tragiques ayant coûté la vie à de nombreuses personnes. Billy Loomis et Stu Macher, les deux psychopathes derrière les massacres de l’époque, sont bel et bien morts (ou pas?), et quelqu’un a décidé d’endosser la panoplie complète de Ghostface. La suite on la connaît, elle rappelle le premier film. Dans le bon sens du terme. Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett savent comment suivre leur personnage et utiliser au mieux l’espace pour susciter la peur. Par la suite ils le prouveront à plusieurs reprises. Ghostface apparaît donc très vite, mais nous laisse une impression bizarre (un brin empoté, non ?). La jeune fille s’appelle Tara, elle s’en remettra mais restera bien amochée. Sa sœur Samantha viendra aussitôt à son chevet, accompagnée de son petit ami (Jack Quaid, fils de Dennis Quaid et Meg Ryan, connu pour sa participation à la série The Boys et aux deux premiers Hunger Games notamment) et se mêlera à un sympathique petit groupe d’amis. Lesquels fourniront à Ghostface un vivier de potentielles victimes.
Le décors est planté, il ne reste plus qu’à faire interagir tout ce petit monde en faisant surgir le croquemitaine au moment où on ne l’attend plus (ou au contraire là où on l’attend le plus, mais d’une manière inhabituelle). Les réalisateurs s’appuient sur plusieurs piliers pour mener à bien la « résurrection » du mythe de Ghostface. Ils reprennent ainsi de nombreux éléments ayant contribué au succès de la franchise. Le croquemitaine au goût prononcé pour les armes blanches est bien là, les étudiants insouciants et prévisibles lui servant de proies également. Mais les agissements du premier ont changé, ils sont un peu brouillons par moment. Les fausses pistes abondent, et les méta commentaires sont nombreux. Ce dernier point ne pouvait être oublié, tant il fait partie de l’identité de la saga.
Pour consolider l’ensemble, Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett ne laissent pas de temps mort à leurs personnages. Le lien avec le premier film est fait de manière très directe, « attachante » et originale. Et si ce n’était pas suffisant, les metteurs en scène ont eu l’idée de faire revenir trois personnages-clefs de l’histoire originale, qui reprennent du service aussi naturellement que possible. Neve Campbell reprend donc le rôle de Sidney Prescott, Courteney Cox celui de Gale Weathers, tandis que David Arquette retrouve l’uniforme de Dewey Riley. Chaque comédien a ainsi l’occasion de retrouver son personnage d’une manière assez naturelle, merci pour la nostalgie. Mais la démarche n’est pas artificielle et semble sincère de la part des deux cinéastes. Ils donnent à chacun l’occasion de revenir sur le lieu du drame, avec une sérieuse carte à jouer.
Ce Scream ne réinvente pas le genre, celui-ci n’en a d’ailleurs pas besoin. Mais il raconte une nouvelle histoire tout en proposant un hommage plutôt bien ficelé à l’œuvre originelle. Et que dire de la manière dont le personnage de Samantha est relié à celle-ci, si ce n’est que c’est une bien belle manière de faire revivre les fantômes du passé !!!

Jérôme Magne

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SOS Fantômes : l’héritage

SOS Fantômes : L’Héritage
Un film de Jason Reitman

Les films sur les célèbres Gostbusters se suivent et se ressemblent. Pour le plus grand bonheur des cinéphiles, Jason Reitman reprend les choses là où son père les avait laissées, avec le même esprit.

C’était il y a 37 ans que le phénomène avait commencé. Ivan Reitman mettait en scène son cinquième long-métrage en 1984, et ne se doutait pas que son film allait devenir un symbole qui allait largement dépasser le cadre des années 80. Il offrait une fois encore un rôle à deux de ses complices (Bill Murray et Harold Ramis), et serait même invité à en signer une suite quelques années plus tard. Le film, son logo et sa musique allaient vite devenir iconiques, au point d’être repris dans de nombreuses séries et films bien des années plus tard. Dans les festivals sur le Fantastique, le premier film est d’ailleurs encore projeté, dans la section « Rétrospective ». Et aujourd’hui, c’est au tour de son fils Jason de continuer l’histoire.
Jusque là, Jason Reitman s’était fait plutôt connaître pour des films sur des sujets caustiques (Thank You for Smoking sur le lobby du tabac, Juno sur une grossesse inattendue, In the Air sur le licenciement dans les grands groupes américains), et offraient une vision originale sur des sujets plutôt sensibles. Il reprend aujourd’hui le flambeau de la comédie familiale, et offre aux cinéphiles une comédie de science-fiction qui ne se complaît pas dans la simple nostalgie (même s’il n’oublie pas quelques scènes qui nous ramènent aussitôt au cœur des années 80!) et dépasse le cadre de l’hommage gentillet pour nous emmener dans une aventure moderne.
Nos sommes en 2021. Un homme roule à tombeau ouvert dans la campagne, alors que gronde au loin une tempête qui s’annonce phénoménale. Il traverse les champs pour se ruer à l’intérieur d’une vieille masure, prêt à piéger une quelconque entité surnaturelle… On a vraiment l’impression de l’avoir déjà vu, ce bonhomme ! Le clin d’œil ravira les fans, les autres apprécieront le rythme des premières scènes.
La scène d’ouverture projette instantanément le spectateur dans le sujet. Ce qui suivra sera plus posé, et fera rapidement le lien avec ce qui a précédé. Un petite famille va quitter la grande ville pour aller s’installer à la campagne suite à un héritage. Et découvrir un environnement totalement nouveau.
Jason Reitman prend le temps de présenter le contexte : il décrit avec soin les personnages principaux et leur nouvel environnement, avant de faire doucement glisser le film vers le surnaturel. Mère célibataire de deux adolescents, Callie a du mal à joindre les deux bouts. Expulsée de son appartement elle part s’installer dans la vieille bicoque ayant appartenu à un père qu’elle n’a jamais connu. Le vieil homme était un scientifique farfelu qui vivait en ermite à l’écart d’une toute petite ville. Ses deux ados, Phoebe et Trevor vont très vite prendre leurs marques. Et découvrir que leur grand-père n’était peut-être pas aussi barjot que cela.
SOS Fantômes : l’Héritage est une petite réussite à plusieurs titres. Il y a bien évidemment la nostalgie (pour ceux qui ont découverts les deux films originaux au milieu des années 80) et le petit côté « Amblin » qui s’en dégage. Mais le film ne se limite pas à cela. Il invite à un tour de manège inventif, qui finalement se suffit à lui-même. Les effets spéciaux ont certes évolué, mais valent surtout pour les idées qu’ils permettent de mettre en image (les petits bonhommes marshmallow sont géniaux). Et si l’histoire est finalement restée la même -il s’agit toujours de surnaturel et d’entités maléfiques qui se frayent un chemin jusqu’à nous- elle se prête toujours à des manifestations coquasses.
Petite cerise sur le gâteau, des personnages-clef des films originaux sont conviés à l’aventure. Et le réalisateur est parvenu à le faire de la manière la plus naturelle possible.
Une petite précision utile (surtout pour les fans de la première heure), ne quittez pas la salle dès le début du générique. Un scène sympathique vous attend…


Jérôme Magne

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Candyman

Candyman
Un film de Nia DaCosta


Près de trente années après la sortie du magnifique Candyman de Bernard Rose, Hollywood a décidé de donner son feu vert à une nouvelle adaptation de la célèbre légende urbaine. A l’époque, le film avait été suivi de deux séquelles de qualité inégales, en 1995 et 1999.

Le film de Bernard Rose était basé sur la nouvelle The Forbidden de Clive Barker, publiée en 1985. Il avait été récompensé à trois reprises lors du dernier Festival du Film Fantastique d’Avoriaz en 1993, avec le prix de la Meilleure Actrice (inoubliable Virginia Madsen), le Prix du Public, et enfin le Prix de la Meilleure Musique (Philip Glass). Au cœur du genre, le film allait vite devenir culte. Imaginer une relecture aujourd’hui s’avérait donc à la fois ambitieux et risqué, car cela impliquait de ne pas décevoir les fans du personnage, et d’ancrer l’histoire, plus moderne, dans un contexte social malheureusement toujours d’actualité. Le nouveau Candyman devait trouver sa voie tout en étant respectueux du film original, sans oublier d’aborder des thèmes sociaux toujours aussi prégnants.
Ces contraintes n’ont pas effrayé Nia DaCosta. Dès les premières images la réalisatrice donne le ton. Son générique est magnifique, il inverse les perspectives d’une manière originale et plonge immédiatement le spectateur dans le Fantastique. Nia DaCosta construit une ambiance lourde, mais subtile. Elle connaît le genre, le respecte. Elle a voulu l’illustrer tout en exprimant la colère de la population noire mise à l’écart par la communauté blanche. Des Blancs qui ont construit des banlieues mal famées dans les faubourgs des villes, pour ensuite les raser lorsqu’elles posaient trop de problèmes. Les ghettos d’alors ont été oubliés, désertés, leurs habitants exilés en d’autres endroits, imaginés par les mêmes édiles (majoritairement blancs). Puis ils ont été reconstruits non loin de là, sous une séduisante apparence, mais avec toujours le même but, rassembler au même endroit une population bien ciblée.
Anthony McCoy est un jeune artiste en mal d’inspiration. Confortablement installé dans un nouveau quartier de Chicago avec Brianna, sa copine directrice d’une galerie d’art, il n’a rien peint d’intéressant depuis deux années. Lors d’une soirée avec Troy, le frère de Brianna, il apprend la légende du Candyman. Troy leur raconte les événements sanglants qui ont secoué le quartier de Cabrini Green en 1977, avec la croisade meurtrière d’une jeune étudiante blanche, Helen Lyle. Croisade s’étant conclue avec la mort de la supposée meurtrière. L’histoire résonne particulièrement dans l’esprit d’Anthony. Le jeune homme va alors entreprendre des recherches approfondies sur cette histoire fantastique. Et finalement découvrir sa véritable origine.
Nia DaCosta ne fait pas de de son film un énième bain de sang prévisible. Il y a bien sûr deux-trois scènes avec projection d’hémoglobine, la légende urbaine l’impose. Les effets gore sont simples, classiques et arrivent au bon moment. Mais c’est dans son pouvoir de suggestion du surnaturel que la réalisatrice démontre qu’elle était la bonne personne pour faire revivre la légende du Candyman. Elle joue avec l’esprit d’Anthony et donc avec celui du spectateur. Il n’y a pas de scène gratuite, et le message politique présent dans l’histoire l’est plus que dans le film original. Mais il ne faut pas oublier que ce message était déjà là dans le Candyman de 1992.
Les événements raciaux récents ont probablement poussé Nia DaCosta à forcer le trait, car elle fait partie de la communauté afro-américaine, comme les personnages principaux de son film. Et selon où l’on se situe, on pourra trouver le sous discours un peu trop appuyé (les Blancs ne sont pas vraiment à l’honneur ici, c’est le moins qu’on puisse dire). Mais le film se prêtait bien à un rappel du racisme toujours aussi présent dans la société américaine, avec bien trop souvent une justice à géométrie variable selon la couleur de peau.
Les cinéphiles seront ravis de retrouver de manière fugace mais intelligente les deux personnages-clefs du film de Bernard Rose. Virginia Madsen apparaît au détour d’une photographie d’article de presse, et prête sa voix dans un témoignage d’archives, tandis que Tony Todd, l’inoubliable premier Candyman, prête ses traits lors d’une conclusion poétique et porteuse d’espoir. Le générique de fin est très beau. Moins optimiste, il rappelle que l’histoire se répète, encore et encore. Mais il est permis d’espérer…

Jérôme Magne

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Escape Game 2 : Le monde est un piège

Escape Game 2 : Le monde est un piège.

Un film d’Adam Robitel.

Adam Robitel revient ici avec la suite de son film précédent, Escape Game, film d’ouverture de la 26ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, en 2019. Deux ans et demi se sont écoulés depuis la sortie de celui-ci –la pandémie a décalé la sortie de cette suite d’une année mais on n’a pas oublié que sa fin laissait grandement supposer une histoire à venir.

Les recettes au box-office mondial ont parlé : avec 155 millions de dollars pour un coût de production de 15 millions de dollars, Sony a vite compris l’opportunité de doubler la mise, et sauté sur l’occasion de mettre une suite en boite. Le spectateur retrouve donc les deux survivants du film précédents, Zoey et Ben, avec le même metteur en scène aux commandes.

Tous deux sont s’en sont sortis, mais pas tout à fait indemnes. Leurs traumatismes précédents sont toujours là, se sont même aggravés, et s’accompagnent désormais de cauchemars très réalistes. Ben a choisi de passer à autre chose, tandis que Zoey reste bloquée sur des sentiments complexes, d’un côté une peur de l’avion toujours aussi insurmontable, de l’autre une envie de revanche dévorante. Et la thérapeute qui la suit ne parvient pas à l’apaiser. La jeune fille est résolue à faire payer les responsables de la mort de ses partenaires de « jeu », qui se cachent derrière la mystérieuse organisation Minos.

Le film s’ouvre sur les événements du premier épisode, qui nous expliquent le pourquoi du jeu. Zoey est restée en contact avec Ben, qu’elle parvient à convaincre de l’aider à démasquer Minos. Sa thérapeute la prenant pour folle, elle n’a d’autre solution que de faire face à ses démons. Elle décide de rejoindre New York avec Ben, pour se rendre au siège de Minos. Alors évidemment, rien ne se passera comme prévu. Arrivés sur place, Zoey et Ben ne trouveront qu’un immense entrepôt vide et délabré. Mieux, les deux survivants seront attendus, pour être forcés à participer à de nouvelles épreuves aussi implacables qu’à sens unique.

Mais cette fois-ci ils n’ont pas répondu à une invitation, c’est leur statut « d’ex-champions » qui a fait d’eux des cibles de choix. Car Minos est un peu comme un programme informatique, cherchant à s’améliorer au gré de mises à jour régulières. Et qui d’autres mieux que des survivants pour tester de nouvelles épreuves ?

Le film d’Adam Robitel base donc son histoire sur de nouvelles énigmes, et sur un tandem désormais familier. A celui-ci il va associer d’autres personnages, peut-être ici moins bien écrits. Mais les épreuves n’en restent pas moins impressionnantes et recèlent leur lot de surprises. Moins nombreuses que dans Escape Game, elles sont parfois plus recherchées. Et le retour d’un personnage de l’opus précédent relancera la dynamique, juste au bon moment. La nouveauté du premier film n’est plus là, il a fallu imaginer d’autres stratagèmes, et développer le lien unissant Ben à Zoey, car sans eux, pas de films. Cela, le réalisateur l’a bien compris.

Cette suite n’est pas dénuée d’intérêt. Elle laisse toutefois un sentiment partagé. D’un côté le plaisir de retrouver les protagonistes de la première histoire, de nouveau mis à l’épreuve, de l’autre le sentiment qu’il manque un petit quelque chose. Il est vrai que l’attrait de la nouveauté n’est plus là, et que l’on aurait bien voulu assister à une ou deux épreuves de plus. Mais le final du film, en lien avec celui du précédent, nous laisse supposer que Zoey et Ben ne sont pas au bout de leurs peines, et que les spectateurs pourraient encore avoir le plaisir d’être les témoins de leurs mésaventures, à l’avenir…

Jérôme MAGNE

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Catégorisé comme Cinéma

The Deep House

Un film d’Alexandre Bustillo et Julien Maury

Depuis 14 ans, Alexandre Bustillo et Julien Maury réalisent des films ensemble. Pour leur sixième collaboration, ils reviennent sur grand écran avec une histoire de maison hantée, originale, car tournée au fond d’un lac !

Les deux metteurs en scène sont fans de genre. Depuis leur tout premier film, A l’intérieur, en 2007, ils n’ont cessé de prouver leur amour du genre, faisant fi de tous les obstacles mis sur leur passage. Pour donner vie à un cinéma qui leur ressemble, à la fois extrême et proche de nous. Dans chacune de leurs œuvres le spectateur peut en effet créer un lien avec l’un ou l’autre des personnages, aussi barrés soient les événements auxquels ils sont confrontés. Et Dieu sait si les deux compères n’ont pas leur pareil pour les placer dans des circonstances à la fois extraordinaires et violentes. Livide, Aux yeux des vivants, Leatherface et Kandisha ont succédé à A l’intérieur, et tous ont eu à cœur d’inviter les spectateurs dans le grand train fantôme de l’Horreur.

The Deep House n’est pas différent. Le film s’ouvre sur la ballade d’un jeune couple, Ben et Tina, au fin fond de la forêt ukrainienne. Ils sont venus visiter un sanatorium abandonné depuis longtemps, supposé hanté. Car Ben ne rêve que d’une chose, faire décoller sa chaîne YouTube en filmant la découverte d’un lieu vraiment flippant. Filmé caméra au poing, la visite du vieil hôpital leur procure bien quelques frissons, mais rien de bien original. Ben en veut plus. Quelques mois plus tard il tombera sur une info évoquant un endroit secret dans le Sud de la France, un endroit reculé qui aurait été le théâtre d’un drame il y a bien longtemps. Son sang ne fait qu’un tour. Il doit y aller.

Sur place sa première réaction est d’être déçu : le spot secret est devenu un joli petit coin à touristes. Mais sa rencontre avec Pierre, un villageois du coin un brin inquiétant, lui redonnera espoir. En échange de quelques billets celui-ci leur proposera de les guider vers une autre partie du lac, à quelques kilomètres de là. Là bas, au fond du lac, se trouverait une vieille maison en parfait état de conservation…

Alexandre Bustillo et Julien Maury sont de très bons techniciens. Leur manière de filmer la grande bâtisse immergée le démontre une fois encore. Pour The Deep House, les deux cinéastes ont tenu à filmer en « réel », c’est-à-dire en plaçant les comédiens sous l’eau, plutôt que de tout filmer sur fond vert, en tournant au ralenti. Et le résultat est là ! En procédant ainsi, ils nous permettent de croire à ce qui arrive à Ben et Tina. Lorsque ces derniers pénètrent dans l’immense maison et en parcourent les nombreuses pièces nous sommes à leur côtés et ressentons la même claustrophobie. Les réalisateurs jouent avec l’obscurité, le sable et l’eau trouble, et chaque nouvelle pièce apporte son lot de frissons. Pas de jump scares inutiles, mais plutôt une peur savamment construites sous les yeux des spectateurs.

Avant de découvrir le terrible secret de la maison engloutie, les deux plongeurs font se faire des petites frayeurs, et s’opposer lors de prises de bec liées à leur différence de tempérament. Pour interpréter ces deux aventuriers souvent cachés derrière leur masque de plongée, il fallait trouver des comédiens au visage expressif et au regard intense, capable de traduire à l’écran l’ensemble des émotions qui allaient traverser leur personnage. Dans le rôle de Ben, James Jagger (fils de Mick) avait toutes les qualités requises, après avoir connu une certaine reconnaissance grâce à la série Vinyl, produite par Martin Scorcese et Mick Jagger. Il donne à son personnage un côté effronté, jusqu’au boutiste, qui s’oppose à Tina qui, bien que partageant son goût pour l’aventure, est bien plus posée et prudente que lui. Dans le rôle de Tina, nous retrouvons la mannequin-comédienne Camille Rowe, récemment vue dans le Rock’n Roll de Guillaume Canet et Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part d’Arnaud Viard, et le toujours impeccable Eric Savin n’a eu aucune difficulté à traduire toute l’ambiguïté du mystérieux Pierre.

Dans le dernier tiers du film, Alexandre Bustillo et Julien Maury accélèrent le rythme, il leur faut arriver vite à la révélation finale. C’est peut-être là le petit point faible du long-métrage, qui avait parfaitement su nous embarquer avec lui jusque là. Mais ne boudons pas notre plaisir. The Deep House est une vrai proposition de cinéma de genre, accomplie, maîtrisée et sincère. Le duo de réalisateurs confirme une fois encore tout le bien que l’on pense de lui.

Jérôme MAGNE

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Drunk

Un film de Thomas Vinterberg

Le COVID est parvenu à repousser les sorties cinéma jusqu’au 19 mai 2021. Ce jour-là, les cinéphiles de l’Hexagone ont pu respirer à nouveau, et se précipiter dans des salles obscures on ne peut plus prêtes à les accueillir après de longs mois passés à peaufiner leur réouverture. Auréolé de nombreux prix, le dernier film de Thomas Vinterberg arrive enfin sur nos écrans, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il offre une grande bouffée d’oxygène à ses spectateurs.

Les récompenses glanées par le film un peu partout sont nombreuses, nous nous contenterons donc de ne citer que les plus marquantes à nos yeux. Le César 2021 du Meilleur Film Étranger, et l’Oscar 2021 du Meilleur Film International. Avec ce palmarès, le film était donc fermement attendu par le plus grand nombre, rares étant en effet les spectateurs ayant pu le visionner lors de sa brève sortie, juste avant le second confinement en octobre dernier.

Drunk parle d’un cap, d’une crise existentielle que vont traverser quatre enseignants d’un lycée danois. Martin (Mads Mikkelsen), Tommy (Thomas Bo Larson), Peter (Lars Ranthe) et Nikolaj (Magnus Millang) forment un quatuor d’amis très soudés. Collègues depuis de nombreuses années au sein du même établissement, ils ont laissé leur quotidien les anesthésier peu à peu, la monotonie de leur petite existence bien rangée ayant fait disparaître les ambitions qu’ils avaient pu caresser dans leur jeunesse. Nikolaj est le plus jeune d’entre-eux (les trois autres sont bien installés dans leur cinquantaine). A l’occasion de son quarantième anniversaire, il propose à ses amis de mener une expérience : démontrer la thèse d’un chercheur norvégien selon laquelle il manquerait à l’homme depuis sa naissance 0,5 gramme d’alcool par litre de sang dans le corps afin de vivre pleinement son existence.

Empêtrés dans leur morne quotidien (en particulier Martin), sans joie mais pourtant pas désagréable, les quatre comparses vont se mettre d’accord pour tenter de prouver scientifiquement cette théorie. Ils se donneront donc pour objectif de maintenir (sans la dépasser) leur alcoolémie à 0,5g/l tout au long de la journée jusqu’à 20h00, tous les jours de la semaine sauf le week-end. Et de noter scrupuleusement les effets de ce traitement dans un rapport documenté.

Thomas Vinterberg (Festen, La Chasse, Kursk, pour n’en citer que quelques uns) ouvre son film sur un groupe de jeunes participant à une course autour d’un lac, dans laquelle le but est de parcourir la distance tout en buvant les bouteilles de bières portées dans une caisse par les différentes équipes. Comme entrée en la matière, difficile de faire plus direct. Les cinéastes d’Europe du Nord sont connus pour leur côté sans fard ni fausse pudeur, Thomas Vinterberg ne fait pas exception ici. Après cette introduction, il va nous présenter ses quatre personnages principaux avec tout le réalisme dont il est capable. Sa caméra s’intéressera au plus près de la vie du quatuor, le metteur en scène cherchant à créer un lien fort entre celui-ci et les spectateurs.

Martin a de gros problèmes de confiance en lui, et manque donc d’autorité devant ses élèves. Transformé par l’ingestion régulière d’une petite quantité d’alcool tout au long de la journée, il va se (re)découvrir et parvenir à une forme d’équilibre dans sa vie professionnelle et personnelle. Ses amis feront le même constat. Ce serait donc véridique, une petite et régulière ingestion d’alcool rendrait la vie plus vraie, plus réelle ? Mais le groupe décidera de pousser un peu l’expérience, qui avait pourtant donné certains résultats. Il s’agira d’atteindre le taux d’alcoolémie maximal pour chacun. Au départ réticent, Martin se joindra à la suite de l’expérience, qui bien évidemment n’aura pas une fin heureuse.

Drunk est un film attachant, dans le sens où il fait preuve d’une grande humanité dans sa description de ce groupe d’amis. Alors bien sûr, c’est peut-être le personnage de Martin qui retiendra la plus l’attention des spectateurs, mais les trois autres ne sont pas oubliés pour autant. Chaque personnage a droit à ses petits moments de « gloire », chacun dans sa matière respective. L’attachement du réalisateur à ses personnages est bien réel, il ne les idéalise pas, pas plus qu’il ne les méprise. La sincérité de Drunk fait mouche en ce sens où les événements auxquels nous assistons sont à la portée de tous. Chacun assimilera la film à sa manière, impossible d’y être indifférent.

Thomas Vinterberg a une fois encore réuni plusieurs de ses collaborateurs les plus fidèles. Thomas Bo Larson signe sa quatrième participation à un long-métrage du cinéaste danois, tandis qu’Helene Reingaard Neumann (épouse du metteur en scène) et Mads Mikkelsen apparaissent pour la seconde fois sous sa caméra. Inoubliable bad guy (Le Chiffre) dans Casino Royale il y a une quinzaine d’année, ce dernier a eu pour devise d’aborder plusieurs genres. Après avoir été salué pour son interprétation glaçante du personnage d’Hannibal Lecter dans la série Hannibal, il a été capable d’alterner des rôles plus discret (voir son personnage de Lucas dans La Chasse, du même Vinterberg). Les cinéphiles sont d’ailleurs impatients de voir sa vision de Gellert Grindenwald dans la suite des Animaux Fantastiques, suite au récent départ du génial Johnny Depp.

Jérôme MAGNE

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Catégorisé comme Cinéma

Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2021

Un festival sans son public dans les salles et dans les rues, c’est un pis-aller. C’est une évidence. Mais les organisateurs de la célèbre et sympathique manifestation vosgienne ont contourné cette évidence, pour en faire une force. En imaginant un festival entièrement numérique ils ont permis à l’événement, pour sa 28ème édition, de résister à la morosité ambiante, et de prouver à son public qu’il ne l’oubliait pas. Dans les paragraphes qui suivront, je me permettrai de vous faire le résumé de « mon » 28ème festival, à travers notamment l’évocation de la douzaine de films visionnés, entrecoupée d’une savoureuse master-class distillée avec sa générosité habituelle par John Landis.

 

Covid-19 oblige, cette 28ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer était numérique. Une demi déception pour les habitués du festival, qui s’y rendent à la fois pour son ambiance inimitable, débridée, et pour les films projetés. Mais le contexte sanitaire ne permettait pas d’organiser un festival «normal», aussi les organisateurs ont-ils tenus à proposer une expérience «parallèle» qui ne manquerait pas de lancer des petits clins d’œil savoureux à un public fidèle.

Première découverte, chaque film disponible en streaming est précédé de petites scènes mettant en scène le Monsieur Loyal du festival, David Rault. Une sympathique mise en bouche qui, bien que de qualité parfois inégale, plonge instantanément les spectateurs dans l’atmosphère du festival. Puis, juste après, le célèbre générique à base de monstres sacrés du bestiaire du Fantastique. Indispensable. Et pour finir, le «cri» de la Bête, qui retentit souvent à chaque début de projection. Les habitués du festival comprendront, les autres devraient sérieusement envisager de faire un petit tour dans la Perle des Vosges dans le futur, histoire d’y découvrir la folle ambiance qui règne dans les salles, hors confinement…

JOUR 1.

Première péloche, The Stylist, de Jill Gevargizian. On y fait la connaissance de Claire, une jeune femme travaillant dans un salon de coiffure. Claire est douce, ouverte aux autres, dont elle cherche continuellement la présence. Très vite, on constate qu’elle a du mal à comprendre ses semblables, même si elle semble le vouloir à tout prix. Elle va «déraper» et entraîner le spectateur dans son malaise. Claire vit dans une petite ville tranquille, mais elle traverse des hauts et des bas, laissant sur le carreau les malheureuses qu’elle croise ici ou là. The Stylist se distingue par trois éléments: son interprète principale (formidable Najarra Townsend), sa photographie (magnifique, avec un joli travail sur les couleurs) et enfin sa partition musicale (à base de piano). Pas inoubliable, mais plus que correct. Avec ce premier film, le festival commençait bien.

Seconde péloche, Host, moyen-métrage de Rob Savage basé sur les nouvelles technologies. Le film dure un petit peu moins d’une heure, et nous plonge au cœur d’une séance de spiritisme organisée sur ZOOM par cinq étudiantes confinées en Angleterre. Afin de s’affranchir du confinement qui lui est imposé le groupe a décidé de se retrouver par écrans interposés et de convoquer les esprits. Problème, celui qui s’invitera à la fête ne sera pas animé des meilleurs intentions. Sans être révolutionnaire, le moyen-métrage exploite les nouvelles technologies avec ingéniosité. Les ficelles ont beau être connues (le montage, l’obscurité et le hors champ permettent deux-trois scènes de frayeur), elles fonctionnent bien ici. Et pourtant, les dix premières minutes du film, tout en bavardage, ne laissaient rien augurer de bon…

Troisième projection, Boys From County Hell, petit film d’épouvante se déroulant en Irlande. On y découvre Six Mile Hill, un petit village tirant sa renommée du passage de Bram Stoker, qui y aurait séjourné une nuit. Aux abords du village serait enterré Abhartach, le premier suceur de sang connu, qui aurait inspiré au romancier son célèbre Dracula. La jeunesse désœuvrée passe son temps à boire des bières et à faire des blagues aux touristes, jusqu’au jour où la construction d’une route entraîne la destruction de la tombe du supposé monstre. Qui va bien évidemment se réveiller. Le film a beau être un peu léger, il se laisse regarder sans peine. La terreur y côtoie la comédie sans lourdeur, et les «héros» semblent bien souvent dépassés, ce qui les rend attachants.

Quatrième et dernier film de ce jour 1, le français Teddy de Ludovic et Zoran Boukherma. On ne pouvait décemment pas louper ce petit film bien de chez nous, avec pour personnage principal un des plus célèbres croque-mitaines du Septième-Art. Doublement récompensé lors du palmarès de ce 28ème Festival International du Film Fantastique de Gérardmer (Prix du Jury et Prix du Jury Jeunes de la Région Grand Est), Teddy prend pour décors un petit village des Pyrénées, dans lequel il installe une bête sanguinaire. Les premières minutes du film font peur, il s’annonce mal joué. Très vite cette impression s’estompe. On partage alors le destin d’un personnage touchant, le susnommé Teddy. Orphelin de 19 ans ayant quitté très tôt l’école, Teddy vit chez son oncle (Pépin Lebref!) et travaille dans un salon de massage. Épris d’une fille de bonne famille, Rebecca, il a plein de projet dans la tête. Jusqu’au jour où il se fait mordre par un mystérieux animal. On vous laisse deviner lequel. Très vite le film a bénéficié d’un capital sympathie grandissant, au fil des «projections». Probablement dû à son interprète principal (excellent Anthony Bajon), ainsi qu’à sa manière d’aborder le thème de la famille. Au final, un petit côté «à part» touchant. Une bonne manière de finir cette première journée de festival…

JOUR 2.

Avec The Other Side des Suédois Oskar Mellander et Tord Danielsson, on est vite dans le bain. Une femme sanglote, on la voit parcourir les pièces sombres d’une maison. Elle est à la recherche d’une certaine Kim. Le décors est planté, ne reste plus qu’à enchaîner: une famille va emménager dans une maison bi-famille. Le père (Fredrik), sa nouvelle compagne (Shirin) et le fils (Lucas). Dans ce nouvel environnement les trois vont devoir retrouver leurs marques. Le père va accepter de travailler de nuit, laissant Shirin et Lucas seuls dans leur nouvelle demeure. Les scènes sont datées à l’écran, le film étant inspiré de faits réels. Shirin est proche de Lucas, mais s’inquiète de le voir jouer avec un ami imaginaire. Là où le film se distingue d’autres productions basés sur la même trame, c’est que Shirin comprend vite qu’il y a bien une présence dans la maison d’à côté, pourtant inhabitée. Bienveillante, ou au contraire malveillante ? L’histoire n’est peut-être pas nouvelle, les deux réalisateurs parviennent toutefois à y ajouter leur petite touche personnelle. Efficace, sans scène superflue, The Other Side maintient le suspense jusqu’au bout, tout en rendant un hommage sincère au genre (voir sa conclusion, bienvenue).

Deuxième projection de ce deuxième jour, Anything for Jackson de Justin G . Dyck. Alors là, c’est un peu les montagnes russes, la maison hantée, en fait une ballade au cœur d’une fête foraine, tout simplement. Des petits moments de comédie, de l’horreur, du gore, du surnaturel. Le Fantastique dans son spectre le plus large. Mais pas indigeste. Les deux personnages principaux, Audrey et Henry (interprétés avec brio par Sheila McCarthy et Julian Richings) forment un gentil petit couple âgé. Très vite, ils dévoilent leurs intentions, qui ne cadrent pas du tout avec leur apparence totalement inoffensive. Audrey et Henry ont enlevé Shannon, une jeune femme enceinte sur le point d’accoucher. Leur intention est de faire revenir l’esprit de leur petit-fils décédé (le Jackson du titre) dans le corps du nouveau né à venir, à l’occasion d’une obscure cérémonie satanique. Mais bien sûr rien ne se passera exactement comme prévu, le couple sera vite dépassé par les forces maléfiques qu’ils ont libérées. Anything for Jackson était une bonne petite surprise, pleine d’énergie, bien écrite et avec une distribution irréprochable. Où comment l’amour inconditionnel de grands-parents peut mener aux pires dérives…

Pour la troisième et dernière projection de ce deuxième jour, rien de mieux qu’une petite ballade au cœur d’une Australie très photogénique. Dans Sweet River, le réalisateur Justin McMillan plante sa caméra dans une petite bourgade, Billins, et y développe avec sensibilité la quête de son personnage principal, Hanna. Au sortir d’une cure de désintoxication, celle-ci décide de revenir sur les lieux du drame : c’est à Billins que son fils de quatre ans, Joey, avait été tué par un tueur en série. Le corps n’ayant jamais été retrouvé, Hanna a donc décidé de reprendre les recherches. Ses questions vont perturber l’équilibre des habitants qui avaient eux aussi perdu leurs enfants. Dans cette histoire d’âmes perdues Justin McMillan nous fait partager le quotidien d’un village emprisonné dans le passé. De brèves apparitions de fantômes d’enfants disparus suffisent à hérisser le poil des spectateurs au cœur d’un récit prenant. Lisa Kay, qui interprète Hanna, est très convaincante dans le rôle de cette mère qui n’a jamais pu faire son deuil. Au milieu d’interminables champs de canne à sucre elle découvrira la vérité glaçante…

JOUR 3.

On commence cette journée par une incursion en Asie avec le film sud-coréen The Cursed Lesson de Jai-hong Juhn et Ji-hon Kim. Dans cette étrange histoire de jeunes femmes participant à un stage de yoga afin de retrouver une illusoire jeunesse, les réalisateurs s’emmêlent un peu les pieds. A tel point qu’on en vient assez vite à se désintéresser de l’issue du film. Et pourtant, les comédiennes sont parfaites, les décors et la musique également. Pour réussir, The Cursed Lesson aurait dû se construire sur une histoire un peu plus développée et ne pas se résumer à une suite de scènes se voulant «fantastiques», et qui n’ont finalement ni queue ni tête. Rien de bien nouveau sous le soleil, juste une entité maléfique de plus dont on ne saura rien, et c’est bien là le problème.

Seconde projection, Mosquito State, où les moustiques reflètent la psyché ô combien perturbée d’un brillant analyste financier de Wall Street, à l’aube du krach boursier de 2007. Là encore, on a parfois éprouvé des difficultés à distinguer le vrai du faux. Dans cette histoire qui compare le monde de la finance et de la spéculation à des hordes de moustique avides de sang, Filip Jan Rymsza se perd un peu, mais propose quelque chose de visuellement intéressant, essentiellement lors des scènes se déroulant dans le gigantesque appartement du héros (Richard Boca), situé dans les hauteurs d’un gratte-ciel new-yorkais. On y croise le comédien Olivier Martinez (dans le rôle du grand patron), qui fait tout pour mettre à l’aise sa poule aux œufs d’or, interprétée par Beau Knapp. Le comédien rend une copie parfaite, un savant mélange de génie à la fois autiste, asocial et devin, prêt à aller jusqu’au bout, dans une forme d’expiation (sa prestation nous remémore celle de Michael Shannon dans le Bug de William Friedkin). Face à lui, Charlotte Vega incarne Lena, une magnifique jeune femme semblant le comprendre, contrairement à tous ses pairs. Richard Boca verra ses algorithmes, jusqu’ici infaillibles, vaciller au gré des turbulences qui traversent les marchés, et se rapprochera un peu plus des insectes qu’il a accueilli chez lui. Une drôle de rêverie dont l’issue, prévisible, ne gâche pas l’ambiance générale.

Troisième et dernière projection de ce jour 3, Possessor de Brandon Cronenberg. En digne fils de son père, le réalisateur s’est plongé dans une horreur organique laissant la part belle aux trucages en «réel». Tasya Vos (Andrea Riseborough) est employée par une organisation secrète qui commet des assassinats à la demande de ses clients. La technologie utilisée permet de prendre possession de l’esprit et du corps d’innocentes personnes afin de leur faire commettre les meurtres «commandés». Exécutante chevronnée, Tanya Vos va se retrouver coincée dans le corps d’une personne encore plus attirée par la violence qu’elle (excellent Christopher Abbott). Très bien mis en scène et photographié, Possessor n’est pas avare de grandes trouvailles et de petits plaisirs. On y croise les gueules bien connues de Jenifer Jason Leigh (qui était en quelque sorte à la place d’Andrea Riseborough il y a 22 ans dans le eXistenZ de Davis Cronenberg !) et de Sean Bean, avant de heurter de plein fouet un final pour le moins percutant. Possessor est reparti du festival avec le Grand Prix, ainsi que celui de la meilleure musique originale. Était-ce réellement une surprise, dans la mesure ou la réputation du film l’avait précédé, avec notamment les prix du meilleur film et du meilleur réalisateur au 53ème festival international du film de Catalogne en octobre 2020 ?

Cette 28ème édition a beau avoir été virtuelle, elle a permis de satisfaire en partie une passion partagée par les cinéphiles qui se retrouvent année après année à Gérardmer à la fin du mois de janvier. Entre les films proposés, les petites scènes avec David Rault ou encore une master-class avec le mythique John Landis, les spectateurs ont eu de quoi rassasier leur appétit de genre.

Mais gare, il leur faudra du concret l’année prochaine……

 

Jérôme MAGNE

 

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Catégorisé comme Cinéma

Saint-Maud

Saint Maud

Un film de Rose Glass

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice britannique Rose Glass a eu les honneurs du 27ème Festival International du Film Fantastique de Gérardmer. Saint Maud faisait partie de la compétition officielle, qui comptait 10 longs-métrages.

Dès sa première projection (à Gérardmer, les films présentés sont diffusés à plusieurs reprises durant les 5 cinq jours du festival), Saint Maud fit beaucoup parler de lui. Au point de très vite figurer comme l’un des favoris de la célèbre manifestation vosgienne. A l’issue des 5 jours de compétition le palmarès ne fit que confirmer cette impression : en repartant avec quatre récompenses, le film réalisa une des plus mémorables razzias de l’histoire du festival. En cumulant le Grand Prix, le Prix de la Critique, le Prix de la Meilleure Musique Originale et enfin le Prix du Jury Jeunes de la Région Grand Est, Saint Maud inscrivit son nom au panthéon de la manifestation, aux côtés du superbe Mister Babadook de Jennifer Kent en 2014 (Prix du Jury, Prix du Public, Prix de la Critique, Prix du Jury Jeunes de la Région Grand Est), seul autre long-métrage à avoir remporté quatre récompenses.

En un peu plus d’une heure vingt Rose Glass invite le spectateur à partager le quotidien d’une jeune femme, Maud, qui cherche à communiquer avec Dieu. La réalisatrice avait fait le déplacement dans les Vosges. Elle monta sur la scène de la grande salle de l’Espace Lac juste avant la projection pour présenter son film. Une fois l’obscurité revenue, les premières images confirmèrent les propos qu’elle venait de tenir. Le film serait une immersion dans la psyché ô combien torturée de son personnage principal.

Après une ouverture très organique – que nous ne dévoilerons pas de peur de priver le spectateur d’un saisissant tableau – le film nous présente son personnage principal, Maud, une jeune femme tout ce qu’il y a de plus banal. Elle va se rendre à son nouveau travail. Apparemment très croyante, elle est l’infirmière particulière d’une ancienne artiste que la maladie a contraint à rester cloîtrée dans sa vaste demeure. Maud communique avec Dieu, elle lui parle à tout instant. Elle attend un signe de lui, une indication sur sa destinée, car elle est intimement convaincue que le Seigneur a une mission pour elle. Il occupe chacune de ses pensées, mais pour l’observateur extérieur Maud a l’air jeune et inoffensive. Parfaitement anodine.

Dans la grande bâtisse que Maud partage avec sa patronne, Amanda Kohl, l’ambiance est pesante et la lumière se fait rare. Le quotidien de Maud se partage entre ses journées consacrées aux soins apportés à Amanda, et ses soirées (et parfois ses nuits) tournées vers Dieu. A l’occasion, Amanda reçoit des invités le soir, ou la nuit. Histoire de s’évader un peu, d’oublier sa déchéance en renouant avec son passé de diva de la danse. Dans ces moments-là, elle prend ses distances avec Maud, alors qu’au contraire chaque journée lui permet de créer un lien de plus en plus fort avec sa soignante. Lors de ces journées passées à communier avec Dieu les deux femmes en deviennent quasi fusionnelles. Car pour Maud, le Seigneur a de grands projets concernant Amanda. Jour après jour, le lien qui les unit n’en devient que plus fort. Jusqu’au drame.

Après s’être emportée contre Amanda, Maud sera relevée de ses fonctions. Et devra réintégrer son petit appartement. Cette rupture la verra sombrer dans l’introspection et le doute. Sans emploi, désœuvrée, elle questionnera chaque jour un peu plus sa foi dans l’espoir de recevoir des réponses. Le profond traumatisme qui frappe alors Maud est le moment que choisit Rose Glass pour laisser libre cours à ses envies d’expérimentation. Elle adopte alors une manière de filmer plus libre et utilise des procédés originaux. Les angles de prises de vue deviennent atypiques, de travers, sens dessus dessous. La mise en scène fait ressentir aux spectateurs ce qui se passe dans la tête de Maud.

Dans sa seconde partie Saint Maud se révèle dans toute sa complexité et sa profondeur. Après avoir appris à connaître Maud, le spectateur se trouve emporté dans son esprit torturé, tour à tour exalté ou traversé de doutes. Dans ce climat anxiogène la musique joue une part importante. Au milieu des doutes qui assaillent Maud le spectateur étouffe. Pendant toute la (petite) durée du film, la jeune comédienne galloise Morfydd Clark accapare l’écran et exprime merveilleusement bien l’intensité dévorante de la foi qui l’habite. Au départ du projet, la réalisatrice avait en tête une comédienne bien plus âgée pour interpréter Maud. Les essais l’ont finalement convaincue de choisir Morfydd Clark, malgré sa relative jeunesse (tout juste 30 ans). Elle s’en est d’ailleurs félicitée à Gérardmer.

Fait assez rare pour le signaler, Rose Glass avait choisi de rester dans la salle de l’Espace Lac toute la durée de la projection. Histoire de ressentir la salle, pouvoir palper les réactions du public. A l’issue de la projection, sa curiosité fut largement récompensée par les salves nourries d’applaudissements.

Jérôme MAGNE

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