
Un film de Na Hong-jin
Présenté en avant-première lors de la cérémonie de clôture du 19ème Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, le quatrième long-métrage du réalisateur coréen Na Hong-jin était très attendu par les fans du genre.

Na Hong-jin s’était fait connaître avec le thriller d’action The Chaser en 2008, considéré comme l’un des films coréens les plus dérangeants à l’époque. Deux années plus tard il confirmait son talent avec un autre thriller, The Murderer, pour ensuite aborder le surnaturel avec The Strangers en 2016. Il revient aujourd’hui avec Hope, un polar mâtiné de science-fiction, dans lequel l’action le dispute à l’horreur, le loufoque à l’étrange. Hope est un film stupéfiant qui ne laisse jamais souffler le spectateur tout au long de ses 2 heures 36. Il n’y a en effet pas une minute qui passe sans que l’histoire ne surprenne son public, que ce soit lors de scènes d’action, époustouflantes, ou de dialogues parfois hilarants.

Les premières images nous montrent un groupe d’hommes, quatre chasseurs et un policier, Ko Bum-seok, chef de la police de Hope Harbor. Ils parcourent la campagne jusqu’à la carcasse lacérée d’une vache bloquant la route. Les uns et les autres émettent des opinions, plus ou moins sensées. Mais devant les blessures mortelles que porte la bête le mystère demeure. Les chasseurs vont partir d’un côté, vers la forêt et les hauteurs de la montage, le flic de l’autre, vers le village voisin. Ce dernier va très vite retrouver la trace de l’être qui a massacré la vache. Ce n’est guère difficile, la créature sèmant le chaos sur son passage, détruisant littéralement le village, laissant de nombreux cadavres sur son chemin.
Ko Bum-seok est fébrile, sur le qui-vive, terrifié par ce qu’il voit. La bête n’est pas loin, on entend ses hurlements et les bruits de la destruction qu’elle cause, mais on ne la voit pas. Et c’est là la première grande réussite du film ! Le policier la poursuit finalement à pied, elle est toute proche, mais le cinéaste conserve le mystère le plus longtemps possible. Cela fonctionne d’autant plus que dans le rôle de Ko Bum-seok, le comédien Hwang Jung-min fait des merveilles. Déjà vu dans le rôle du shaman dans The Strangers, il hérite ici d’un personnage survolté, aux abois, qui court du début à la fin du film. Pendant qu’il suit la bête à la trace, les chasseurs parcourent la forêt de laquelle semble s’être échappée la créature.

Le réalisateur filme son histoire comme un véritable film-catastrophe à grande échelle. On traverse des décors de fin du monde, la destruction est partout, inexplicable, les cadavres jonchent le sol. Le cadre est magnifiquement exploité, la sensation de désolation est totale. Ko Bum-seok va retrouver une rookie faisant partie de son commissariat lors de sa traque, Im Sung-ae (interprétée par la comédienne-mannequin Jung Ho-yeon, connue pour son rôle dans la série Squid Game). Elle le secondera efficacement. Particulièrement énergique (le personnage semble tout droit sorti d’un cartoon par moment), Im Sung-ae rajoute une dimension presque comique au film, avec ses jurons, sa physicalité et son agressivité à fleur de peau. Un sidekick qui remplit son rôle à la perfection.

Na Hong-jin filme son histoire comme une fresque épique, avec de nombreuses scènes de poursuite de d’actions très réalistes. Mais il n’en oublie pas pour autant de porter un certain soin à ses personnages. Face à Ko Bum-seok et Im Sung-ae, Ko Sung-ki est le personnage qui mène la traque dans la forêt. Archétype du héros qui ne s’éloigne jamais de son objectif, lui aussi exprime un petit côté cartoonesque qui prête à sourire. Lui et les deux flics sont suffisamment développés pour que l’on s’attache à leur sort.
Hope est une super-production coréenne ambitieuse mêlant plusieurs genres avec réussite. L’action, le Fantastique et la Science-Fiction (voir l’apparence des créatures, et leur origine) se mélangent allègrement dans un cocktail qui accueille ici ou là quelques fous rires. Au bout des 2h36 de projection le spectateur sort de la salle un peu sonné, et se demande si une suite sera donnée à cette ébouriffante débauche d’énergie. Et finit par comprendre pourquoi Michael Fassbender et Alicia Vikander sont présents sur l’affiche du film…

Jérôme Magne