Un film de Nicolas Charvet et Bruno Lavaine
Présenté en avant-première dans la section Hors-Compétition du 33ème Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, Alter ego avait a priori des airs de vilain petit canard dont on ne sait ce qu’il fait là. Film fantastique, comédie ?
On avait tort. Car même si l’argument « fantastique » n’est pas des plus courants, il est bien là et prend un malin plaisir à s’amuser avec les esprits les plus cartésiens. Alex Floutard (Laurent Lafitte, époustouflant comme bien souvent) découvre un jour que son nouveau voisin, Axel Chambon (Laurent Lafitte 2.0), est son sosie parfait. Oui mais en mieux, en plus séduisant, sans calvitie, et aussi bien plus marrant. Axel s’est installé avec sa femme Tatiana (Olga Kurylenko) dans la maison à côté de la sienne, et ne tarde pas à charmer l’ensemble du voisinage. Alex semble être le seul à voir la ressemblance, que même son épouse, Nathalie (Blanche Gardin, tout aussi époustouflante) ne voit pas. Étonnant, non ?

Pour couronner le tout, Alex va découvrir qu’Axel a décroché un poste dans la PME dans laquelle il travaille, à un poste clef ! Nicolas Charvet et Bruno Lavaine plongent immédiatement le spectateur dans l’absurde, et la grande réussite de leur film tient dans le comique de nombreuses situations. Mais Alter ego est plus que cela, car en même temps, le spectateur ressent toujours un curieux malaise, diffus mais bien là, devant l’irrationnel du sujet.

Très bien écrit, avec des situations cocasses, parfois exagérées, mais fonctionnant très bien, Alter ego nous offre une histoire entraînante, bien qu’irréaliste. On rit énormément au côté très vaudeville de certaines situations, aux pitreries irrésistibles des deux Laurent Lafitte (cf. la scène « tu n’as pas entendu un bruit », sortie toute droit d’un des meilleurs Francis Veber), et les rebondissements ne manquent pas. Quand on pense avoir tout vu, eh bien non, les deux réalisateurs trouvent encore le moyen de nous étonner avec des échanges aussi hilarants que surprenants.

Tout est fait pour désarçonner le spectateur. Les deux réalisateurs enchaînent les trouvailles, les gags visuels ne manquent pas (Zabou Breitman est ici affublée d’une … moustache ?), et le monde du travail est toujours abordé avec un grand esprit critique (on se rappelle leur émission Message à caractère informatif diffusée à la fin des années 90). L’unité de lieu (le film se déroule principalement dans les deux maisons voisines) n’empêche en rien le développement de l’histoire. Le côté absurde est toujours présent, mais il laisse peu à peu la place à une facette étrange, plus noire, lorsqu’on se met à partager les doutes d’Alex sur Axel.
Lors de la 33ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, Nicolas Charvet et Bruno Lavaine étaient venus présenter le film au public, accompagnés d’Olga Kurylenko. La comédienne ukrainienne était présente en tant qu’invitée d’honneur, ce qui a permis au public de redécouvrir trois de ses films, Dans la brume, Centurion (de Neil Marshall, également présent en tant qu’invité d’honneur) et The Room (en compétition Longs-Métrages lors de l’édition 2020 du Festival). Elle en a profité pour rappeler son attachement à la France, avant de revenir sur le tournage du film avec les deux réalisateurs.

On gardera de ce film un souvenir à part lors du Festival de Gérardmer. Des éclats de rire tonitruants, au cœur des ténèbres du genre.
Jérôme Magne